Les textes d’autrefois, l’édition d’aujourd’hui.

La Suisse inconnue

Victor TISSOT

Récit d'un voyage au plus profond des Alpes suisses, à pied, en diligence ou à dos de mulet.

Sommets enneigés, accortes servantes et ours féroces, votations, Guillaume Tell et fontaines de village, légendes, anecdotes, comme toujours Tissot est intarissable sur tout, pour le plus grand plaisir du lecteur.

Une seule chose marque de son absence éclatante ces paysages encore intacts : le ski.

« Une Suisse décidément bien inconnue, et surprenante. »

Des faucheurs, les uns en camisole grise à capuchon, les autres recouverts d’une peau de mouton ou de chèvre, sont comme suspendus dans les rochers qui emprisonnent la vallée. Avec ma jumelle, je les vois, penchés sur le précipice, fauchant quelques touffes d’herbe là où les chèvres elles-mêmes ne pourraient pas grimper. Le faucheur est un type à part dans ce monde des Alpes, si pittoresque et si curieux. Comme le chasseur de chamois et le chasseur de plantes, il est habitué à tous les périls de la montagne, il brave la mort dix fois en un jour. La veille de l’ouverture du fauchage, fixée par un décret spécial, il prend congé, peut-être pour la dernière fois, de sa femme et ses enfants. Sa faux sur l’épaule, armé de son bâton ferré, muni de ses crampons, un drap ou un filet roulé sur son sac, il part à minuit afin que l’aube le trouve à la besogne. Pendant les deux mois de la fenaison, il ne redescend au village que trois ou quatre fois, pour renouveler son linge et ses provisions.

Dans ces solitudes escarpées, qui ne semblent accessibles qu’aux chamois et aux aigles, la vie de l’homme est si exposée, les accidents sont si fréquents, qu’une loi défend qu’il y ait plus d’un faucheur par famille. Une pierre roulante, une tempête de neige, un vertige, il n’en faut pas plus pour faire une victime. À ce dur et périlleux métier, un faucheur des Alpes gagne de trois à cinq francs par jour, nourriture non comprise. Et lorsque les chalets sont trop éloignés, c’est sous un rocher en saillie qu’il cherche un gîte et passe la nuit.

À Samaden, vous trouvez la vieille maison engadinoise, d’un style sévère, d’une architecture bizarre, vraie maison de guerre aux murs épais de forteresse, aux fenêtres allongées en meurtrière, à la porte en voûte, formant un vestibule étroit et sombre comme une poterne. Le logis, la grange et l’étable sont abrités derrière les mêmes murs, contre le même ennemi, le terrible hiver, qui commence son siège au mois d’octobre et ne le lève qu’au mois de juin. Un grand poêle de faïence montant jusqu’au plafond chauffe la chambre commune, où vit la famille, au milieu des portraits des ancêtres qui se détachent, dans leurs cadres noirs, sur les beaux lambris de mélèze ou d’arolle aux tons luisants et rouges de vieil acajou. Derrière le poêle, un escalier conduit à une sorte de cachette dissimulée par de petits rideaux, sorte de grand lit breton suspendu comme une cage, et où, pendant les froids rigoureux, le mari et la femme se glissent et se blottissent, se pelotonnent et se réchauffent, pareils à deux marmottes. La cuisine, à l’énorme cheminée entrecroisée de perches auxquelles sont suspendues des choses appétissantes et joyeuses, des victuailles fumées, des saucissons, des jambons, des pans de lard, est noire comme une caverne que l’âtre illumine à l’heure des repas.

Victor Tissot

15 août 1845, Fribourg (Suisse)
† 6 juillet 1917, Paris

Études à Fribourg en Brisgau, Tübingen, Leipzig, Vienne.

En 1866 à Paris, il collabore au dictionnaire Larousse, au dictionnaire universel, puis, de retour en Suisse, devient rédacteur à la Gazette de Lausanne.

Nombreux voyages, sources d’une importante activité d’écrivain voyageur. Traducteur à ses heures, on lui doit aussi une dizaine de romans.

Il se fixe à Paris en 1874, et en 1891, inaugure la rubrique littéraire du Figaro, et assume la rédaction de l’almanach Hachette de 1894 jusqu’à sa mort.

Il lègue à la ville de Bulle, en Suisse, les fonds nécessaires à la construction d’un musée et d’une bibliothèque.

Du même auteur :
Vienne et la vie viennoise

I. – De Paris à Chiavenna

1 – La Suisse de bazar et la Suisse inconnue. – Les hôtels à vingt francs et à cinq francs par jour. – La Suisse des Suisses et la Suisse des étrangers. – Premières sensations. – Suisses et Armagnacs. – Bâle pittoresque. – Les deux Bâle. – Le musée. – Holbein. – De Bâle à Lucerne.
2 – Luzerne. – Le lac et les quais. – Les étrangers. – La vieille ville. – Un heureux couvent. – Les commencements de Lucerne. – Comment un enfant déjoue une conspiration.
3 – Les curiosités de Lucerne. – Le quai du Schweizerhof. – Variétés de voyageuses : Parisiennes, Anglaises, Allemandes et Suissesses. – Les touristes français. – Les touristes anglais. – Les touristes allemands. – Scènes de comédie. –Une Russe. – Le soir à Lucerne.
4 – Départ par le Gothard. – Le mal que les ingénieurs ont fait à la Suisse. – La dernière bataille du Sonderbund. – Le lac de Zug. – Légende. – Goldau. – Le lac de Lowertz. – Brunnen. – Fluelen. – Altorf. – Le moine et la jeune fille. – Une Landsgemeinde. – La traversée du Gothard. – Le Saut du moine. – Göschenen. – Le grand tunnel. – Faido et la Levantine. – Giornico. – Biasco. – Bellinzona et Lugano.
5 – Le lac de Lugano. – Un ancien ami de Mazzini. – Le Monte Caprino. – Menaggio. – Cadenebbia. – Bellagio. – Le vin bouché italien. – Histoire d’un contrebandier.

II. – L’Engadine

1 – Réveil à Chiavenna. – Le plus poli et le plus beau des maîtres d’hôtel. – Santa Croce. – Bondo. – Le plateau de la Maloja. – Premier aspect de la Haute-Engadine. – Sils. – La Haute-Engadine il y a trente ans. – Silvaplana. – Campfer. – Saint-Moritz-les-Bains et Saint-Moritz-le-Village.
2 – Une matinée aux bains de Saint-Moritz. – Dans le jardin du Curhaus. – Devant le Curhaus. – Dans le Curhaus. – Les buveuses d’eau. – Baignoires funèbres. – Saint-Moritz et la Haute-Engadine. – Comment elle devint protestante.
3 – Adieux à Saint-Moritz. – La jolie pâtissière. – Avantage d’aller à pied. – Les faucheurs des Alpes. – Samaden. – Un bureau de postes fédérales. – Les villages de la Haute-Engadine. – Route de Pontrésina. – Impression de nuit. – Arrivée au Steinbock.
4 – Réveil dans la montagne. – Une caravane. – L’ascension du Piz Languard. – Le sommet. – Une figure de connaissance. – Panorama du Piz Languard. – La descente. – Nouveau mode de locomotion.
5 – Neige d’été. – Au café de Pontrésina. – Pourquoi mon voisin de table est venu en Suisse. – Histoire d’un Russe et d’une jeune Suissesse. – Retour à l’hôtel.
6 – Départ pour les glaciers. – Une rencontre. – Souvenirs d’un ancien chasseur. – La marmotte ; sa chasse, ses mœurs. – Un lac alpin. – Vue de glaciers. – Le groupe du Bernina. – La vie du glacier. – La Suisse, pays des glaciers. – Les chamois. – Le chasseur Colani. – L’Anglais qui voulait voir le diable. – Les trois jours de chasse de M. Lentz.
7 – Les chasseurs d’ours. – Küng. – Jean Ruolf. – Nicolas Lechtaler. – La perdrix des neiges. – M. Janka. – Flore et faune des glaciers. – Comment se forment les glaciers, les crevasses, les « tables », les « moulins ». – Les légendes du glacier. – Les moraines. – Le soir près des glaciers.
8 – Au glacier du Roseg. – Neige de plaine et neige de montagne. – Les avalanches. – Une avalanche récente. – Les bergers bergamesques. – Leurs mœurs. – Le troupeau en voyage. – Le chien bergamesque. – Une chanson romanche. – Impressions de glacier. – Mœurs, coutumes et usages de l’Engadine. – Retour à Pontrésina. – Une catastrophe au Bernina.

III. – De l’Inn au Rhône

1 – De Pontrésina au glacier du Rhône (trois jours de poste). – Les plaisirs de la diligence. – Les relais. – Samaden. – La victime du Bernina. – Le Julier. – Le passage de l’Albula. – Bergun. – Arrivée à Coire.
2 – Continuation du voyage en diligence. – Départ de Coire. – L’histoire héroïque des Grisons. – Adam de Camogask. – Jean Chialdaerer. – Georges Jénatsch. – Les femmes grisonnes. – La vallée du Rhin-Antérieur. – Dissentis. – Touristes allemands. – Le gendarme borgne, la petite bonne, la dame hollandaise et le pharmacien de Lucerne. – Arrivée à Andermatt.
3 – Trois abbés qui ont de l’appétit. – Nostalgie de gendarme. – De la gendarmerie suisse et de son utilité. – De la manière de s’en servir. – Les gendarmes à éviter. – Mésaventure d’un Parisien dans un vallon de l’Helvétie. – Des chevaux de poste et des diligences. – La Furca. – Le glacier du Rhône. – Quelques touristes. – Le Valais et ses vallées ; leur beauté et leur variété.

IV. – Le Valais

1 – Dénouement de l’histoire de Pétrowitch et de Mlle Élise. – Premier village valaisan. – Un curé chasseur. – Munster. – Viege. – Sierre. – Un aubergiste désintéressé. – L’Eggischhorn. – L’angélus dans la montagne. – Comme quoi, quand il n’y a plus de lits, il y en a encore.
2 – Surprise nocturne. – Un départ matinal. – L’ascension de l’Eggischhorn. – Vue de glaciers. – Lever de soleil. – Un papillon matinal. – La catastrophe de la Jungfrau. – Un dessert platonique. – Retour à la vallée du Rhône. – Naters. – Viège. – Zermatt. – Gampel.
3 – Kippel dans la vallée de Loetsch. – L’hospitalité à la cure. – Le vin d’enfer. – Détails de mœurs. – Représentations théâtrales. – Légendes. – Femmes en culottes. – Le chamois du curé de Kippel. – L’auberge de Gampel.
4 – Sierre. – Un petit paradis terrestre. – Je loue un mulet. – Le lac de Géronde. – Chippis. – La route du val d’Anniviers. – Mœurs nomades. – Légendes. – Les « Pontis ». – Conversation avec mon muletier. – Arrivée à Vissoye. – Histoire de Saute-en-Barque.
5 – Les fleurs du Val d’Anniviers. – Vue de Vissoye. – Vieux souvenirs. – Histoire d’une marmotte. – Anciens usages. – Mœurs et coutumes des Anniviards. – Le juge. – Pas d’impôts. – L’élection d’un curé. – Conseil des mœurs. – L’œuvre des enfants pauvres. – Cérémonies de mariage et de mort. – Au village. – Les prémices.
6 – Départ de Vissoye. – Conversation avec une vieille. – Aventure arrivée à mon ami H. Flamans. – Un conseiller qui enfourne son pain. – Le vin du « Glacier ». – De Grimentz à l’alpe de Torrent. – Chalets valaisans. – Le moulin à beurre. – Vie des pâtres. – Les troupeaux dans la montagne. – Le col de Torrent. – Pluie et neige. – Arrivée à Évolène.
7 – Évolène, dans le val d’Hérens. – Intérieurs et familles. – Costumes anciens et modernes. – Les enfants. – L’école. – La commune. – Mœurs et coutumes. – Chez le poète Beytrison. – Sa vie. – Chanson contre un mauvais riche. – Le patois du Val d’Hérens. – Un drame dans la montagne, raconté par un témoin.
8 – Une matinée de fête dans un village valaisan. – Les mulets. – Les jeunes filles. – La procession. – Les pénitents. – L’église. – Les mères-nourrices. – La fin de l’office.
9 – Un dîner à la cure d’Évolène. – Comment je fus coupable d’une grave imprudence sans le savoir. – Les guides Gaspoz et Bovier. – Départ de mon fils pour la Dent Blanche.
10 – Récit d’un ascensionniste de 14 ans. – La Dent Blanche. – La catastrophe de 1885. – Départ d’Évolène. – Les contrebandiers. – Le berger de Bricola. – La nuit au chalet. – Réveil à minuit. – À travers le glacier de Ferpècle. – Les crevasses. – Ascension de la Dent Blanche. – Les « gendarmes ». – Au sommet. – Descente rapide. – Joie des guides. – Retour à Ferpècle.
11 – Le glacier de l’Arolla. – Retour à la vallée du Rhône. – La « médecine » d’Héremence. – Une guérisseuse dans la montagne. – Comment elle apprit la médecine. – Les pyramides d’Héremence. – Arrivée à Sion. – MM. Bieler, Van Muyden et Pata, – Adieux à Sion.

V. – Dans la Gruyère

1 – De Montreux à Albeuve par Jaman. – Le panorama du col. – Le pays des bons gendarmes. – La Gruyère. – Vaches et pâturages. – Caractère des habitants. – Le Ranz des vaches, poème satirique. – Un excellent gouvernement. – Le soir dans la montagne.
2 – Albeuve. – Jadis et aujourd’hui. – L’hôtel de l’Ange. – Gruyères. – Ville et château féodaux. – La maison du fou Chalamala. – La terrasse du château de Gruyères. – Le « Conseil des fous ». – Les anciens comtes. – Traditions populaires. – L’intérieur, la grande salle, l’arsenal, le salon. – Corot, Français, Baron à Gruyères.
3 – Un baptême. – Saint Pierre et les petits Fribourgeois. – Anciens statuts du clergé de Gruyères. – Campagnes gruyériennes. – L’hôtel-chalet de Montbarry. – Plaisirs et courses d’automne. – Le Moléson. – Un lever de soleil. – La montagne et la mer. – Le village. – Un jour de foire. – Beautés de l’automne. – Le « chemin du ruisseau ». – Soleils couchants. – Le patois gruyérien. – Les « armaillis » et l’odyssée de la montagne. – Légendes. – Gruyère, au revoir !

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