Les textes d’autrefois, l’édition d’aujourd’hui.

Mon agonie de trente-huit heures

François JOURGNIAC de SAINT-MÉARD

Récit du terrible séjour que l’auteur fit à la prison de l’Abbaye, entre fin août et début septembre 1792, pendant les tristement célèbres « massacres de Septembre ».

Certain de sa condamnation, détenu dans des conditions inhumaines, témoin de scènes effroyables, il nous livre ici un récit à chaud d’une lecture difficile, mais qui connut un succès considérable pendant tout le XIXe siècle.

« Il en a existé plus d’une cinquantaine d’éditions en France, sans compter des dizaines d’éditions frauduleuses à l’étranger. »

   

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Le 28 et le 29. – Nous ne fûmes distraits que par l’arrivée des voitures qui amenaient à chaque instant des prisonniers. – Nous pouvions les voir d’une tourelle qui communiquait dans notre chambre, et dont les fenêtres donnaient sur la rue Sainte Marguerite.
Nous avons payé bien cruellement par la suite le plaisir que nous avions d’entendre et d’apercevoir ce qui se passait sur la place, dans la rue, et surtout vis-à-vis le guichet de notre prison.

Le 30, à onze heures du soir. – On fit coucher dans notre chambre un homme âgé d’environ quatre-vingts ans ; nous apprîmes le lendemain que c’était le sieur Cazotte, auteur du poème d’Olivier, du Diable amoureux, etc. – La gaieté un peu folle de ce vieillard, sa façon de parler orientale, fit diversion à notre ennui ; il cherchait très sérieusement à nous persuader, par l’histoire de Caïn et d’Abel, que nous étions bien plus heureux que ceux qui jouissaient de la liberté. Il paraissait très fâché que nous eussions l’air de n’en rien croire ; il voulait absolument nous faire convenir que notre situation n’était qu’une émanation de l’apocalypse, etc. etc. Je le piquai au vif en lui disant que, dans notre position, on était beaucoup plus heureux de croire à la prédestination qu’à tout ce qu’il disait. Deux gendarmes qui vinrent le chercher pour le conduire au tribunal criminel terminèrent notre conversation.

François Jourgniac de Saint-Méard

1745, Bordeaux
† 3 février 1827, Paris

Capitaine commandant au régiment d’infanterie du roi jusqu’à sa dissolution en 1790, chevalier de St Louis.

Après s’être fixé à Paris, il devient journaliste politique, en particulier au célèbre Journal de la cour et de la ville, mais ses pamphlets mordants n’épargnent pas les révolutionnaires, et il s’attire beaucoup d’ennemis.

Présent à Nancy lors de l’insurrection de l’armée, l’auteur fut nommé général par ses soldats.

Pressé d’aller prendre Lunéville, il tergiversa tellement que trois jours plus tard, ces mêmes soldats l’accusèrent de trahison et le condamnèrent à mort. Mais il put s’échapper, et vint s’installer à Paris.

Il devient journaliste politique, en particulier au célèbre Journal de la cour et de la ville, mais ses pamphlets mordants n’épargnent pas les révolutionnaires, et il s’attire beaucoup d’ennemis.

Emprisonné à l’Abbaye (entre autres à cause de l’affaire de Nancy) où il échappe presque par miracle à une condamnation à mort, ce royaliste convaincu, mais extrêmement honnête et respectueux de l’opinion d’autrui, réussit à ne plus être inquiété jusqu’à la fin de la Révolution.

La Restauration le déçoit, qui lui refuse le titre de colonel dont il rêve, mais il arrivera, à force de libelles, à en obtenir une pension – alors qu’il avait réussi à conserver une partie de ses biens patrimoniaux.

AVERTISSEMENT

CHAPITRE PREMIER
Quatorze heures au Comité de Surveillance de la Commune

CHAPITRE II
Dix jours à l’Abbaye

CHAPITRE III
Commencement de mon agonie de trente-huit heures

CHAPITRE IV
Dernière crise de mon agonie

CHAPITRE V
À mes ennemis

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