Les textes d’autrefois, l’édition d’aujourd’hui.

La Contagion du Meurtre

Paul AUBRY

Comment le spectacle ou la description d’un crime, ou l’accumulation de crimes semblables, peuvent-ils pousser un individu dit « normal » à l’irréparable ?

Quels sont les facteurs, psychologiques, politiques, sociaux, etc. qui peuvent rendre une telle contagion possible ?

« Les réponses peuvent évoluer avec le temps, la problématique en elle-même reste encore aujourd’hui d’actualité. »

Préface du Dr Armand Corre.

   

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De même, innombrables sont les criminalistes magistrats ou médecins qui font de ces récits leur pâture quotidienne, et rarement ils succombent, parce que leur esprit pondéré leur permet de voir ces choses de haut, et de n’en être pas frappés, impressionnés. Innombrables aussi sont les gens du peuple qui n’achètent le Petit Journal que pour connaître le crime du jour dans ses plus petits détails, et le plus souvent, ils restent absolument honnêtes. Mais mettez ces descriptions non plus, comme nous l’avons déjà dit, entre les mains de l’un de ces toqués, mais dans les mains de l’un de ces individus foncièrement mauvais, que se passera-t-il dans cette intelligence ? L’idée semée par hasard s’y consolidera d’autant plus qu’elle sera renforcée tous les jours par les nouveaux récits de crimes présentés avec un luxe de détails inouï.Depuis quelques années même on a cru utile d’ajouter le dessin, l’enseignement de choses, à ces remarquables descriptions, de telle sorte qu’il n’est même plus besoin, pour apprendre à commettre un crime, de se donner la peine de lire de longs articles, un seul coup d’œil suffit, grâce au Petit Journal et à l’Intransigeant (je ne cite que deux des principaux) qui, chaque semaine, font afficher dans tous les kiosques et boutiques une gravure représentant le crime du jour. On ne peut dans la rue échapper à cette suggestion beaucoup plus dangereuse que celle des images pornographiques ; partout elle vous poursuit : la victime est étendue dans une mare de sang, bien rouge et bien large, et l’assassin achève son œuvre. Lorsqu’on est pénétré de la vue et des circonstances de ce crime, dont la gravure est répandue à profusion dans la France entière, vite l’éditeur reproduit le nouveau crime commis : il n’y a pas d’interruption, l’obsession ne chôme pas.

Voilà donc ce mauvais sujet repu de cette idée de meurtre, habitué pour ainsi dire à la vue du sang et à l’émotion du cadavre, connaissant par le menu la façon la plus facile de se débarrasser de son homme ; croyez-vous que vienne une occasion, ou un semblant d’occasion, il hésitera un seul instant à commettre un crime, dit passionnel, ou autre ? Non sans doute, et franchement il faudrait que ce criminel ait trop de vertu, car il connaît également par les journaux l’indulgence proverbiale des jurés pour tout crime qu’on peut ranger sous cet étrange vocable : crime passionnel.

Paul Aubry

22 avril 1858, Saint-Brieuc
† 30 octobre 1899, Saint-Brieuc

La thèse inaugurale de Médecine du Dr Aubry, publiée en 1887, portait sur la contagion du meurtre, sujet qui devait constituer le cœur de ses recherches.

Le Dr Aubry est depuis considéré comme l’un des pionniers de l’anthropologie criminelle, l’actuelle criminologie.

Grand voyageur, il exerça dans plusieurs pays, dans ce domaine et dans d’autres, ce qui lui donna la matière de nombreuses publications.

Sa mort prématurée, accidentelle, a sans aucun doute privé la médecine d’une œuvre qui, à en juger par de tels auspices, serait devenue considérable.

Préface de M. le Dr Corre

Préliminaires

PREMIÈRE PARTIE – Des principaux facteurs de la contagion du meurtre

Chapitre I – Contagion par la famille

Chapitre II – Contagion par la vie en commun des prisonniers

Chapitre III – Contagion par le spectacle des exécutions publiques

Chapitre IV – Contagion par la presse

DEUXIÈME PARTIE – De la contagion du meurtre dans quelques-uns de ses modes spéciaux

Chapitre I – Meurtres commis à l’aide du vitriol et du révolver

Chapitre II – Empoisonnements

Chapitre III – L’infanticide, l’avortement, le libéricide

Chapitre IV – Incinération et dépeçage criminel

Chapitre V – Suicide

Chapitre VI – Duels

Chapitre VII – Meurtre à deux – Meurtre multiple

Chapitre VIII – Viol suivi de meurtre commis par une bande d’individus

TROISIÈME PARTIE – Du meurtre au point de vue épidémique et endémique

Chapitre I – Influence de la politique et des grands bouleversements sociaux sur la contagion – Crimes des foules – La guerre

Chapitre II – Les régicides

Chapitre III – Les anarchistes

Chapitre IV – Les meurtres en Corse et dans quelques départements du Midi

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